Folder@ciup

Mai 2008

Exposition personnelle "Déplié International", Cité Internationale Universitaire de Paris,
Glassbox "sans les murs"

agent ola
folder

pardon

les vallées grises me ramènent à toi
ma réalité

je reviens d’une fête foraine colorée
où le défoulement est roi

tu me manques
ton calme et ta constance

tes fils électriques tendus
bien alignés
tes vêtements pliés
tes vêtements rangés
comme s’ils ne se froissaient jamais

encore une fois
ne te froisse pas
si je sors
accueille moi
encore

quand je rentre tard
sans te déranger
dans ton sommeil

je veillerai
à ton éveil

 

 

sonia marques
http://www.nissologie.net

 


téléphone bluetooth



Le pliage le plus simple qui existe est sans doute le dossier parce qu'un simple pli et une feuille se transforme en dossier, d'où son nom anglais : "Folder" (du verbe "to fold", plier). En un pli, un support se transforme en contenant d'un message à mettre à l'abris. Plier une chose sert ordinairement à la ranger, la stocker, parfois partir en voyage avec ou l'envoyer à quelqu'un. Un message s'appelle d'ailleurs un pli. Un seul pli et tout un espace s'ouvre et se ferme, pour sortir de la confidentialité ou y rentrer.

Mais l'informatique rend invisible ce va et vient des documents d'un espace à un autre, indifférent aux architectures et nos espaces propres. L'icône du dossier et le pli demeurent néanmoins avec force dans la symbolique informatique. La mémoire informatique se déplie et se replie selon ses propres repères spatio-temporels à l'abris des regards comme un secret. Et les ordinateurs sont nés de la science des secrets (cryptologie).

J'ai réalisé avec l'aide de Julien Gachaodat (développeur) un programme informatique pour téléphone portable. Il détecte par Bluetooth les autres téléphones portables dans un périmètre de 10 mètres à la ronde. Automatiquement, il leur envoie une liste de poèmes. Il s'agit des poésies de Sonia Marques à qui j'ai proposé d'initier ce dispositif. Ses poèmes naissent d'un environnement qu'elle appelle des îles sur Internet. Ce sont des endroits paradoxaux, isolés dans un milieu où tout est interconnecté, le Web. Elle étudie la science des îles (nissologie) et s'intéresse comme moi à une poétique de l'espace dans un monde en réseaux.

Durant la durée de l'exposition, Ola, une habitante de la Cité Internationale Universitaire diffusera les poèmes de Sonia Marques avec ce programme embarqué sur son téléphone portable. Lors de ses déplacements au cours de la journée, cette inconnue vous enverra des poèmes comme les fleurs, les bonbons ou les harengs qu'on lance aux passants au moment du Carnaval à Rio de Janeiro au Brésil ou celui de Lille au nord de la France. Il est donc recommandé d'activer le Bluetooth sur votre téléphone portable.

Je n'ai pas encore de titre pour ce dispositif mais une icône : le dossier et son pli comme paradigme d'un espace de téléchargement d'oeuvres à courtes distances. Sonia est ma première invitée. Nous avons créé il y a quelques années un collectif qui proposait des oeuvres en téléchargement à travers un site Internet constitué déjà d'une simple arborescence de dossiers (Téléférique). L'utilisation des téléphones portables et du Bluetooth aujourd'hui découle de préoccupations similaires.