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Robert Filliou avec un chapeau en papier plié sur la tête

lotus seuqramainos
Origami de Lotus découvert sur l'île de Seuqramainos.

plan seuqramainos
L'île de Seuqramainos

Dee web
Web profond et le Web de surface.

college-invisible
Le collège-invisible
A partir de 1968, Robert Filliou met en place le principe d'équivalence, Bien fait, Mal fait, Pas fait. Comme tout principe, il repose sur une loi générale, non démontrée mais vérifiée expérimentalement. Robert Filliou reprend et en augmente au fur et à mesure des années des agencements d'objets (boîtes de chaussures, chaussettes rouges, panneaux reliés par des crochets) dans l'esprit de création permanente qui le caractérise. Comme Marcel Broodthaers, Raymond Hains et d'autres, le jeu d'esprit se traduit par l'entrée de la poésie et les jeux de langage dans les arts plastiques qui a influencé à mon avis de nombreuses pratiques artistiques sur Internet en les anticipant (les installations de Raymond Hains ne sont-elles pas des hypertextes avant l'heure ?). Je suis en train de finir de lire la biographie de Robert Filliou publiée recemment aux presses du réel par Pierre Tilman. Je l'ai acheté sur les conseils de René Riou qui enseigne comme moi à l'école des beaux-arts de Toulouse et a fait venir Pierre Tilman à l'école récemment. Tous les deux ont été en relation avec Robert Filliou de son vivant.

J'avais envie d'en savoir plus sur cet artiste qui disait "99% de mon travail ne se voit pas". Cette remarque m'a tout de suite évoqué le travail de mon amie et mes discussions avec elle à ce sujet. Sonia Marques a créé en 2001 un site web qui s'appréhende comme une île sur le réseau. Seuqramainos est un isolat dans un monde interconnecté dont il n'existe pas de cartes sur les moteurs de recherches. On y échoue plutôt par hasard et la navigation y est plus qu'hasardeuse. L'image prégnante qui sous-tend Seuqramainos, une île sur Internet, permet d'évoquer avec force qu'Internet recèle une part invisible et nous rappelle que les secrets sont encore possibles. Ce hors-champ ouvre tout un imaginaire dont la présence symbolique est égale à son invisibilité.

Pour reprendre Filliou, on pourrait écrire à propos de l'île de Seuqramainos un nouveau principe d'équivalence, Bien vu, Mal vu, Pas vu. L'invisibilité sous différentes formes poétiques apparaît chez Sonia et certaines communautés sur le net comme une réponse nécessaire au spectacle des mass-médias, à l'hypertrophie du visible, la visibilité annexée à la surveillance. Cette recherche des limites de la visiblité sociale n'est pas un acte de paranoïa mais plutôt une indifférence sereine en ce qui concerne la médiatisation de l'art et sa visibilité, omniprésente ou absente, permanente ou temporaire, dithyrambique ou assassine. Le travail de Sonia prend place dans les médias tout en se préservant paradoxalement de la médiatisation. La manière dont elle formule cette défiance me semble très singulière et m'a convaincu d'en décrire certains exemples, principes, perspectives ainsi que les conditions qui permettent de comprendre en quoi cette invisiblité ou relativité des visibilités est amené à exister de plus en plus.

Une idée similaire, plus technique, a fait son chemin ailleurs sous le vocable "Deep Web", le Web profond. Comme le suggère l'illustration à gauche, les moteurs de recherche qui sillonnent le Web à l'affût d'informations n'arrivent qu'à indéxer les sites situés en surface. Le phénomène du Deep Web s'explique de la manière suivante. Certains contenus ne sont pas détectables par les moteurs de recherche. Il s'agit de certains objets comme les fichiers multimédia ou les logiciels et des contenus accessibles uniquement par requêtes dans des bases de données. Enfin, certains auteurs de sites Web bloquent volontairement l'accès des moteurs de recherche à leur site par l'utilisation d'un fichier spécifique, le fichier robots.txt. Les raisons sont légitimes. De nombreux employeurs utilisent Google pour se faire une idée à l'embauche du futur employé (pas forcément à mal d'ailleurs). Les moteurs de recherche peuvent apparaitre dans ce contexte comme de véritables casiers judiciaires médiatiques.

Cependant, dans un contexte Postmédia, la mise à disposition et la restriction à l'information se fait dans les deux sens : Les organismes de régulation d'une part et les utilisateurs d'autre part. Et dans ce bras de fer, les gagnants ne sont pas toujours ceux qu'on croit... En 2002, Microsoft Inc. demande à quatre de ses employés, Peter Biddle, Paul England, Marcus Peinado et Bryan Willman de rendre un rapport sur le futur de la distribution du contenu sur Internet. Cette étude vise à comprendre les enjeux d'une mesure de prévention contre le piratage des contenus protégés par le copyright sur internet, les DRM dont nous avons entendu parler en France lors du débat parlementaire sur la DADvSI. Au terme de leur étude, les employés rendent leurs conclusions dans un rapport où apparaît le terme Darknet pour la première fois : The Darknet and the Future of Content Distribution. Il en ressort que les techniques de prévention envisagées (DRM) ne sont pas efficaces d'un point de vue ni technique ni commercial. Le principe de tatouage et filigrane numérique (DRM) serait tôt ou tard détourné et la vente de fichiers dont l'utilisation serait restreinte mettrait l'industrie culturelle en danger. La gratuité s'avère donc selon cette étude comme tout a plus un concurrent supplémentaire. Comme le dit Félix Guattari dans son texte "Vers une ère Postmédia" : "Le pouvoir grandissant de l’enginerie logicielle ne débouche pas nécessairement sur celui de Big Brother. Il est beaucoup plus fissuré qu’il n’y paraît. Il peut exploser comme un pare-brise sous l’impact de pratiques moléculaires alternatives."

Un an plus tôt que soit publié ce rapport sur les Darknets, s'ouvrait au sein de l'école supérieure des beaux-arts de Marseille, le Collège-invisible, un post-diplôme qui changea radicalement le dispositif pédagogique habituel des écoles d'art. Le fonctionnement imaginé par Paul Devautour, son initiateur, est simple et s'apparente à un atelier sans mur. Plutôt que d'obliger les jeunes artistes à quitter leur domicile et les infrastructures de soutien de leur travail pour Marseille durant un an, ils resteraient régulièrement en relation les uns avec les autres par le biais d'Internet. Une discussion sur IRC est ainsi programmée chaque semaine pour développer un débat et tous les deux mois environ, des sessions "unplugged" au cours desquelles se réunissent les membres du collège-invisible dans une ville de leurs choix. A propos de l'obligation de devoir être présent à des réunions qui pourraient se tenir en ligne, Paul Devautour m'avait dit un jour : "Aujourd'hui, il est mal vu de n'être pas vu".

Le régime du visible dans une société d'information revêt des fonctions prédominantes : la communication et la surveillance. L'enjeu politique d'un monde dont les infrastrustures fonctionnent à base de l'information est fondé sur la confidentialité de l'information (l'age de l'accès pour parler comme Jeremy Rifkin). Les évènements politiques récents rendent sensible cette condition. Qu'est ce qu'ont produit les attentats du 11 septembre sinon une étendue des moyens de contrôle de l'état par le biais du Patriot Act , permettant aux différentes agences gouvernementales des USA d'effectuer des perquisitions, des écoutes téléphoniques et autres contrôles, sans délégation judiciaire (l'autorisation d'un juge). Simon Singh raconte dans son "histoire des codes secrets" combien il est difficile de délivrer et garder un secret aujourd'hui. S'il suffisait au Moyen-age de se mettre à l'écart du groupe dans la forêt pour ne pas être vu et entendu, c'est devenu aujourd'hui très difficile. Les technologies qui structurent nos sociétés sont des mouchards potentiels (téléphone portable, adresses IP, radards, satellites, puces RFID, et tous les objets qui produisent des champs magnétiques). Le visible est malheureusement annexé de plus en plus à la surveillance. Tout le monde y est sensible et cet état de fait ne peut pas épargner l'art historiquement attachée aux choses visuelles. Lorsqu'un enseignant d'une école d'art réclame d'un étudiant de voir son travail en lui disant par exemple : "je ne vois rien, tu n'as rien fait", un quiproquo s'installe. Le régime de la surveillance pour l'étudiant prend les traits d'un enseignant d'art pour l'astreindre à se conformer. Même si l'enseignant ne pense pas à mal, le contexte politique et social influe légitimement sur nos comportements. Pour cette raison, je pense que l'exposition comme mode de présentation du travail d'un étudiant d'art doit être un choix délibéré. Si l'expositon devient le format officiel du diplôme qui valide cinq années d'études, le visible devient un outil de contrôle. C'est d'autant plus embarrassant qu'il existe de nombreux exemples historiques d'artistes qui ont ouvert la voie d'une émancipation de l'art strictement invisible. Sans cette relativité, nous serions complices d'une amnésie.



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